L'orgue de barbarie de Bernard et Philippe

L'orgue de barbarie de Bernard et Philippe

l'assemblage final et les flutes récalcitrantes

recalcitrant.png

 

L'assemblage

 

Lors de la phase finale de la construction d'un orgue de barbarie, les flutes à vanne intégrée sont collées et sonnent individuellement, la soufflerie est opérationnelle et produit de l'air à la pression prévue, le chemin des cartons est prêt. Il reste à raccorder tout ça et faire jouer toutes les flutes.

Il faut procéder par ordre et par partie élémentaire:

 

Il faut d'abord:

- poser les flutes sur le distributeur avec un  débit suffisant en vérifiant l’étanchéité du pied et les fixer en haut mais de façon démontable

- puis relier les tubes de commande dans l’ordre des tuyaux entre les vannes des flutes et la flute de pan du chemin des cartons 

- relier la poulie de l'entraineur du chemin des cartons à celle du vilebrequin avec la bonne longueur de courroie et le bon rapport entre poulies

 

 

Il faut à ce moment obtenir les résultats suivants

 

A les pré-requis pour:  les flutes A1,  la soufflerie A2, le  chemin des cartons A3

 

 A1 pré-requis concernant chaque flute à vanne intégrée

a) la flute a été testée sans la soufflerie donc avec une soufflerie provisoire d'essais ou éventuellement en soufflant avec la bouche ce qui permet:

- de creuser la lumière dans la lèvre inférieure voir l'article harmonisation

- un pré-accordage provisoire voir article accordage

 

b) simultanément pour la vanne de chaque flute avec la vis presque complètement ouverte (voir article sur les VMT ) on obtient que:

- la vanne ouvre et ferme franchement en obstruant le conduit de commande avec un doigt

- la membrane est creusée par déformation pour avoir une arrivée d'air suffisante pour obtenir une puissance relativement égale entre flutes:

Δ=Profondeur de gaufrage    Δ =ΠD*D / 2L   soit Δ=3/4D sans excès qui risque de provoquer un effet de voute

 

A2 pré-requis concernant la soufflerie

a) la réserve se gonfle complètement, donc jusqu'à avoir un échapement d'air à la soupape de surpression, en 2 tours de manivelle maximum, c'est une question de rapport des poulies

b) la réserve se dégonfle lentement, en un temps minimum de 5 secondes après l'arrêt de la manivelle, si possible plus, c'est une question d’étanchéité principalement d'étanchéité des clapets et des membranes des vannes, mais aussi des joints de réserve et pompes sur le collecteur, de joints sur les supports de clapets démontables de pompes,etc..

c) elle atteint la pression du diapason plus une marge pour  la perte de charge dans la vanne exemple 11+4= 15 cm d'eau mesurée au pèse-vent

d) la différence de pression mesurée dans la réserve avec le battant de réserve au maximum et celle au minimum en se dégonflant juste avant de toucher est la plus faible possible.

Cet objectif est atteint en fonction de la force et la position des ressorts et en calculant un peu si on maitrise ces calculs.

 

A3 pré-requis sur le chemin des cartons

a) le train  entraineur et presseur entraine le carton  sans patinage ni arrêt

b) aucun canal de la  flute de pan ne communique avec un canal voisin

c) chaque conduit de la flute de pan est étanche en  présence du carton à la pression du A2c. C'est une question de réglage de  hauteur entre la flute de pan et le rouleau entraineur.

d) le carton reste au contact du  bord de référence en faisant défiler un carton

 

 

 

En général si vous avez vérifié chaque élément à chaque étape, l'ensemble fonctionne correctement et immédiatement. On ressent une émotion proche du soulagement de celui qui assiste au premier cri d'un enfant à sa naissance, pour l'homme, car pour une femme c'est plus douloureux...

Comme disait Pierre Desproges: "l'accouchement est douloureux! Heureusement dans ces moments là, l'homme tient la main de la femme, ainsi, il souffre moins". Mais il y a peu de femme dans la communauté des constructeurs!

 

premier cri.png
 

 

 

 

 

la flute récalcitrante

 

Mais malgré tout quelques fois on a une ou plusieurs flutes récalcitrantes! C'est là qu'intervient la deuxième partie de cet article: Que faire face à une flute récalcitrante?

 

Si on a une ou quelques flutes qui refusent de jouer, de répéter, qui coupent sur les petits pont. Ou au contraire si cette flute joue et répète normalement sur les grands ponts et ne répète pas sur les petits, ce qui est bon signe, mais qu'elle est faible en puissance par rapport aux autres, ou encore si elle joue trop fort dans les mêmes conditions, on se trouve devant un problème!

Quand on change le paramètre qui doit rectifier l'effet en cause et que c'est un autre qui n'a rien à voir qui ne fonctionne plus et cause un effet encore plus désastreux, plus on rectifie pire c'est! Et quand enfin, ça va un peu mieux on n'a fait que revenir au point de départ. Une situation que beaucoup ont vécu...

 

On m'a plusieurs fois demandé de rédiger un article sur le sujet, et c'est ce que je tente de faire ici, ceci est contraire à mon opinion initiale parce que je pensais que c'est un sujet trop vaste pour être résumé et surtout trop complexe pour être expliqué clairement, comme souvent il se comprend mieux par la pratique! mais on va tenter tout de même quelques explications en "organisant" ses idées et en résumant ma pratique:

 

Pour résumer il faut envisager tout problème lié à:

l'étanchéité, la nature du matériau, aux collages entre éléments par défaut ou par excès de colle, aux modifications liées au problèmes de changement de température et/ou d'hydrométrie, de vieillissement, d'usure, d'accident, d'accroc, de fatigue, de voyage de copeaux, de poussières des cartons, les réparations ou corrections au cours des montages et démontages successifs, pour chaque partie. Donc milles raisons difficiles à recenser et analyser pour résoudre le problème. Pour ce faire il faut pouvoir observer la flute en l'ayant dans les mains mais aussi l'écouter une fois montée sur l'orgue!

 

On peut y passer quelques fois plus de temps pour une seule flute, que pour toutes les autres... C'est la crise de nerf! Donc avant de tout jeter au feu et de faire une déprime, voici quelques pistes!

 

D'abord si les autres sonnent normalement cela signifie au moins que le diapason est correct! Restons calme.

Il ne faut modifier qu'un seul paramètre à la fois pour pouvoir revenir en arrière ensuite, sinon on ne sait pas ce qui a agit pour corriger quand ça fonctionne enfin. Si on n'y arrive pas, il faut pouvoir revenir en arrière pour ensuite essayer autre chose pour vérifier que le problème était bien dans ce qu'on vient de corriger ou que le problème est bien dans ce qu'on va corriger.

 

Il va falloir renouveler quelques vérifications car un détail a échappé ou a été modifié involontairement:

B Pour la flute vérifications sur: le corps B1, l'excitateur B2, le pied de flute B3

C Pour la vanne à membrane vérifications sur: la membrane C1, la chambre C2, le conduit capillaire C3, l'insert C4

D Pour le tuyau de commande et la flute de pan vérifications sur: le tuyau D1, les canons D2, la flute de pan D3

 

 

 B1 Vérifications sur le corps de flute

a) le tampon pour les bourdons ou flute bouchée avec les tampons en silicone une possibilité à ne pas négliger c'est le décollement des cotés ou des façades du corps de flute lors de la compression de tampon qui les fait s'entre-bailler, ce qui ne peut s'observer qu'à ce moment.

b) le collage entre le noyau et les planches est étanche. Il ne doit pas y avoir de passage entre la  chambre de noyau et le corps de flute. Ce qui se vérifie en soufflant par l'arrivée du vent en pied et en présence de la vanne à membrane et en bouchant le conduit de commande d'un coté et en obstruant la place de la lèvre inférieure avec la paume de la main d'un autre coté.

c) le collage des planches du corps. La méthode d'inspection avec lumière interne ou au soleil en externe fonctionne seulement pour les collages des cotés mais pas pour des trous de vers par exemple. La méthode par insufflation et vérification de l'étanchéité est plus efficace donc recommandée. Il faut particulièrement examiner  le collage de la partie de la lèvre supérieure des flutes traditionnelles qui est biseauté si on a mal placé la  cale biaise lors du collage. Ce cas ne se présente pas pour les flutes phicophones ou avec potelets.

 

B2 vérifications sur l'excitateur, zone du noyau

a) zone entre noyau et planches: vérifier l'étanchéité des collages

b) zone entre noyau (le biseau des facteurs) et la lèvre inférieure donc le couloir avant lumière: vérifier l'état de surface qui doit être lisse. Vérifier aussi la forme de la lumière.

c) planéité entre noyau et chambre de la vanne en cas de fuite: intercaler un joint cuir supplémentaire en mégis de 0.7mm  pour une meilleure résilience.

B2c-1-R.jpg B2c-2-R.jpg

B2c-3-R.jpg

 

B3   étanchéité du pied de flute sur distributeur

a) 3 solutions:

    le bouchon,

    le tube PVC entre deux canons.

    le cône mâle coté flute, femelle coté sommier avec un outil spéciale de lutherie, une lousse, la  solution traditionnelle que nous ne pratiquons pas  le texte en anglais et la figure:

-R.png       

B3 vérification du diamètre de pied de flute

b) Il n'est pas possible d'agrandir le diamètre d'alimentation d'une flute après construction puisqu'il est aussi utilisé dans la vanne intégrée, le noyau et le pied. Par contre on peut toujours réduire si nécessaire le diamètre en pied avec des réducteurs du type de la figure ci-dessous:

 Ceci modifie les pressions et débits selon  l’effet venturi qui est réputé contraire à l'intuition donc prudence...

 

C1 vérifications sur la vanne

a) la membrane: vérifier ses déformation et débattement, selon le type de vanne (tangentielle ou concentrique)

éventuellement assouplir ou placer un ressort derrière dans la chambre,  vérifier que la  membrane est bien placée et ne recouvre pas le trou de vis de réglage de répétition, par inversion par exemple.

b) le canon de tube de commande n'est pas décollé et est bien étanche.

 

C2 zone de la chambre

 

 

le collage des deux partie bois de la chambre est étanche et plan sur la façade arrière du corps de flute pour éviter une fuite au niveau de la membrane. Sinon améliorer la résilience en plaçant une deuxième épaisseur en peau de 0.7mm évidée dans sa partie centrale comme en B2c.

 

 

C3 le conduit capillaire entre la chambre et le passage de l'insert est libre et non obstrué. par exemple par la membrane qui est mal centrée:

C1a-1-R.jpg  C1a-2-R.jpg

 

C4 Zone de l'insert

l'insert n'a pas éclaté le bois; boucher à la pâte siliconée ou colle ou vernis

ne bouche pas le conduit capillaire; déboucher  ou nettoyer

il n'y a pas de fuite entre l'insert et la vis; enduire de pâte siliconée

 

 

 

 

D1 le tube de commande

a)  dans un coude trop raide ou de rayon trop court le tube s'écrase et forme un pli qui ferme le passage de l'air, pour corriger voir l'article  étanchéité et démontage et surtout la vidéo du cintrage.

 

D2 les canons, pas de fuite sur le bois autour par une fente ni de décollage suite aux démontages successifs coté chambre ou coté flute de pan

 

D3 dans la flute de pan pas de coulures de colle ni communication entre canaux

 

 

 

Une astuce simple pour améliorer l'étanchéité des espaces inaccessibles après collage comme dans un corps de flute la flute de pan ou le collecteur: Scotcher tous les trous (seulement la bouche pour un corps de flute) sauf un (pour le collecteur) et remplir de fond dur, de vernis ou colle liquide, puis incliner pour l'envoyer partout, voire le mettre en pression, et enfin vider, égoutter et laisser sécher. J'ai déjà sauvé des situations inhabituelles de cette manière, mais il faut veiller à ne pas obstruer un endroit qui doit laisser passer l'air.

Il faut observer chaque partie et comparer avec les flutes encadrante qui fonctionnent pour éventuellement trouver où est la différence qui provoque l'anomalie.

 

Pour réduire la puissance d'une flute qui joue trop fort on peut intercaler un réducteur du diamètre d'alimentation dans le tuyau d'arrivée.

reducteur-R.png

 

Le brunissage (lissage par pression avec un affiloir) et même graissage à la mine de plomb du couloir de lumière donne une nette amélioration même pour les flûtes qui jouent déjà normalement avant.

 

 

 Les difficultés sont vite oubliées après, et quelques fois, on ne sait même plus comment on a fait pour réussir puisqu'on a touché à tout.

 

Dans les cas désespérés si après toutes ces tentatives la flûte résiste encore on gagne du temps à simplement la refaire entièrement, cela m'est déjà arrivé!

 

Donc si vous avez essayé tout ça sans trouver de solution, ni reçu d'aide, venez au prochain rassemblement de constructeur avec l'ensemble! Il y aura peut-être un BOB (Bricoleur d'Orgue de Barbarie) pour vous dire au premier coup d'œil comment arranger ça en deux coups de cuillère à pot ou rien qu'en lui chatouillant un peu le gicleur.

C'est à vous dégoutter d'avoir tenté l'aventure de la construction d'un orgue de barbarie dont je dis souvent que ce n'est pas difficile mais  seulement une somme de menus détails. Ou que ce n'est pas faire de la lutherie mais plutôt de la plomberie.

Il faut avoir déjà vu tout ça et l'avoir pratiqué pour espérer enfin terminer son orgue et qu'il joue correctement au moins pour son oreille. Mais quel soulagement et quelle satisfaction au bout du compte.

 

Très souvent les BOB pensent avoir terminé le coté technique et passent immédiatement à la décoration. c'est négliger une phase importante l'harmonisation les réglages, stabilisation et  suppression des bruits intempestifs qui fait toute la différence entre un "bouzin" et un orgue correct!

 

 pole emploi.png

 



 



08/01/2020
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