harmonisation, réglages, stabilisation et bruits intempestifs - L'orgue de barbarie de Bernard plan stage midi carton

L'orgue de barbarie de Bernard et Philippe

L'orgue de barbarie de Bernard et Philippe

harmonisation, réglages, stabilisation et bruits intempestifs

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Il s'agit là d'une phase importante dans la construction d'un orgue mais souvent négligée!

Je n'ai jamais vu d'article sur le sujet dans les nombreux sites et blogs des BOB qui abordent la construction d'un orgue de babarie, ce qui n'est pas surprenant au regard des difficultés à l'expliquer.

 

Elle comporte des étapes coordonnées, réalisées à la fois simultanément et successivement. Elles s'influencent les unes sur les autres. On doit donc boucler plusieurs fois par approches successives de l'harmonisation et des réglages.  Puis on  passe à la suppression des bruits et enfin à la stabilisation du résultat. C'est un peu comme l'histoire du serpent qui se mord la queue!

 

De plus elle ne se comprend que par la pratique et est très difficile à mettre en oeuvre mais aussi et surtout à expliquer clairement.

Ce travail doit être exécuté une première fois avant la mise en service mais aussi renouvelé à l'entretien, puis enfin stabilisé.

 

J'ai plusieurs fois réordonné et restructuré cet article pour lui donner un ordre logique, il est aussi le résultat de plusieurs années de pratique et de transmission auprès de mes stagiaires. Cette phase fera toute la différence entre un orgue correct et ce que Michel Fischer appelait une "caisse à savon" et ce que les BOB appellent un "bouzin"...

 

Cette phase dans la construction d'un orgue de barbarie est grandement facilitée par les options préconisées dans ce blog avec par exemple les flutes à vanne incorporées et vis de réglage qui sont individuelles et bien d'autres. Donc une action sur l'une d'elles ne perturbe en rien le fonctionnement des autres et une fois réglée on passe à la flute suivante.

 

 

En général dès qu'un carton semble sonner le constructeur amateur passe rapidement et prioritairement au décor de l'orgue. Alors qu'il y a encore toute une phase indispensable, longue et difficile, même avec un orgue qui est joliment décoré et qui "semble" jouer un carton de façon satisfaisante.

 

 

 

 

Harmonisation

 

L'harmonisation est un ensemble d'interventions complexe à définir et à exécuter par itération.

 

En supposant que préalablement le constructeur amateur d'un orgue de barbarie possède au moins un jeu de  flûtes harmonisées pour la pression que la soufflerie est capable de fournir, le moment critique du passage du premier carton (ou du premier fichier midi), ne semble plus très loin.

 

Il faut aussi obtenir une égalité de puissance sonore entre les flûtes en jouant aussi sur  l’alimentation en air avec les vannes à membrane cet aspect est pris en compte de construction avec les diamètres adaptés selon le diapason. On peut cependant réduire le diamètre d'une flûte trop brillante.

 

Il faut auparavant vérifier le  contenu harmonique donc avec un outil informatique et simultanément égaliser le volume sonore global et relatif entre les flûtes.   De plus l'utilisation de l’oreille comme outil d'analyse du volume avec ses imperfections propres à chacun est par définition subjectif.

Car un résultat jugé parfait pour l'un, peut être différemment perçu par quelqu'un d'autre à cause des diagrammes de Fletcher.

On peut aussi jouer sur  l’état de surface du couloir avant la lumière, sur le vortex avec les dents et entailles, la hauteur de bouche avec des flutes phicophones,

 

 

 

Les déceptions lors des rencontres, rassemblement ou festivals entre amateurs sont fréquentes. Par exemple lorsqu'un constructeur amateur ou un tourneur présente un orgue neuf ou même fabriqué par un professionnel, car si il demande un avis à la communauté présente et qu'au lieu de passer un carton d'une chanson on passe les cartons tests de répétitions et de non répétition plus objectifs que l'écoute à l'oreille, le propriétaire découvre quelques fois qu'il a des flutes qui jouent plus ou moins fort, des basses poussives, des flûtes qui restent toujours ouvertes ou au contraires trop fermées, etc...

 

 

Suppression des bruits intempestifs

 

 

Avant de jouer le premier cadeau d'un orgue c'est le silence!

 

Evidemment même si cet objectif a été atteint à l'état neuf avant le premier carton, au bout d'un certain temps, l'usure et la fatigue peuvent provoquer ces bruits intempestifs que l'on ne détecte plus, puisque l'oreille s'est habituée progressivement à ces changements qui ne sont détectables que dans les moments de silence...

 

Ce silence que l'on doit obtenir lorsque tous les trous de la flûte de pan sont obstrués par un carton et que la courroie est retirée et que l'on tourne la manivelle. car bien avant de vérifier que les flûtes vont chanter, puis répéter sur un carton de répétition avec des grands ponts, puis ne pas couper sur les petits ponts d'un carton de non répétition.

On ne doit pas avoir:

 

1)  de flûte qui chuinte donc qui joue faiblement mais en continu comme un bourdon de cornemuse (donc toutes les membranes doivent être parfaitement étanches).

 

2) surtout puisqu'il n'y a pas de flûte qui sonne il ne doit pas y avoir non plus trop de bruits intempestifs comme:

- du souffle important à la soupape de la réserve qui justement fuit au maximum puisqu'il n'y a pas de consommation d'air

- des claquements de clapets

- des claquements des bielles sur le battant ou l'axe de vilebrequin

- des grincements dans les paliers des axes tournants

- des claquements des relais d'un système midi éventuel qui font un bruit de castagnettes plus fort que le volume des flûtes

 

 

 

Cet objectif doit être atteint initialement pour la première mise en service. De plus il faut conserver cet état le plus longtemps possible pour ne pas avoir à réviser l'orgue avant chaque sortie.

 

pour 1) les flutes qui chuintent

les causes de fuites des vannes proviennent généralement des membranes en raison:

 

- des plis parce qu'elles sont  trop déformées, il faut alors la remplacer ou la retendre

- d'un copeau ou une poussière entre le siège et la membrane, il faut alors démonter et nettoyer

- la pression est insuffisante parce que les ressorts sont fatigués, vérifier avec le pèse-vent

- la membrane est neuve parce qu'on vient de la remplacer et demande à être "moulée" sur le siège, on débranche le tube correspondant de la flûte de pan et on souffle/aspire jusqu'à obtention du moulage ou on donne un petit coup de surpression sur la réserve

- la membrane (lorsqu'elle est en cuir) a une tendance à conserver une forme de voute, on peut placer un ressort (très léger) dans la chambre, ou assouplir la membrane etc...

 

 

 

Pour 2) les bruits intempestifs ont pour origine:

 

- le souffle à la soupape, il faut des dimensions suffisantes (minimum 50*50 mm) sinon la vitesse de sortie de l'air est trop grande.

On peut aussi placer un "étouffoir" dans ce genre:

surpression8.jpg

 

Le capot perméable en H permet d'étouffer les bruits d'échappements

 

 

 

La solution radicale c'est le gavioli. Il n'y a plus de soupape sur la réserve donc plus de fuite. En plaçant des soupapes de surpression sur chaque battant, il n'y a alors plus de bruit d'échappement à la sortie de réserve et l'effort pour tourner la manivelle est réduit surtout en l'absence de consommation d'air.

Les soupapes sont d'une conception différente et placées sur le battant entre la pompe en compression et permettent le passage vers la pompe en aspiration.

Cette disposition implique que les clapets de pompes sont démontables ou accessibles.

gavioli-easy3.gif

 

- des claquements de clapets

il y a les clapets d'entrée de pompe et les clapets de réserve:

 

Les clapets de pompes étaient auparavant, généralement sur le battant, et donc difficilement accessibles en cas de problème sur les clapets. Il fallait alors décoller le cuir des pompes pour accéder aux agrafes qui sont démontables mais quasi impossibles à repositionner car les fenêtres d'accès ne permettent pas de placer une agrafeuse. Heureusement ce cas est assez rare mais peut se présenter!

Cette solution prise en compte dans les derniers plans a été modifiée justement pour éviter d'avoir à décoller les peaux de pompes.

 

      avec l'entrée sur la tranche et les clapets sur le battant                                       les  clapets démontables et accessibles ne sont plus sur le battant

 

  ou    DSC02355-R.jpg

Si vos clapets sont accessibles ou/et démontables la solution est la même mais bien plus facilement en ne démontant rien d'autre que le clapet lui-même sur la trappe d'accès pour celui qui est démontable ou pour celui sous le collecteur en démontant la pompe pour accéder à celui qui est dit accessible..

 

 

Si vous avez construit vos pompes avec un gavioli il y a bien des clapets de surpression sur le battant mais ils ne nécessitent pas de décoller le cuir puisqu'ils sont visitables et remplaçables en démontant seulement la trappe du clapet d'entrée de la pompe inférieure qui lui est démontable.

 

pour les clapets de réserve il faut démonter la réserve et les retendre.

Trop tendu le clapet va vibrer au passage de l'air et provoquer des sifflements et bruits parasites.

Trop lâche il fait des plis et n'assure pas un contact régulier et il laisse passer l'air vers l'arrière.

Comment juger du juste ni tendu ni détendu?

Il suffit de plaquer le clapet avec une cale en bois sur le support où il doit être fixé. Il est alors posé à plat sans tension ni plis, reste à l'agrafer dans cette position.

 

- des claquements des bielles sur le battant ou l'axe de vilebrequin

Les claquements des bielles sur le battant sont facilement résolus en utilisant les paulstras ou liaison élastiques en remplacement de la solution habituelle de l'axe fixé soit dans l'épaisseur du battant (qui de ce fait est assez fragilisé) ou par l'intermédiaire d'une pièce rapportée sur le battant, pour éviter de l'affaiblir.

 008.png

L'utilisation de paliers en bronze fritté ou ordinaire ne donne pas satisfaction car l'apparition rapide d'un jeu non compensé  génère des bruits parasites insupportables. Si cette solution est retenue il faut fendre le palier et le serrer plus ou moins pour compenser le jeu éventuel (comme dans les filières dans le tourne-à-gauche) et compensser périodiquement l'usure.

 

Une solution simple et élégante l'utilisation de paulstras ou liaisons élastiques du même type que la fixation de nos pieds de mâts de planche à voile dont la souplesse et la durabilité ne sont plus à prouver.

 009.png

 

 

- des grincements dans les paliers des axes tournants

deux solutions:

 

remplacement des paliers par des roulements à billes si ils restent démontables (donc pas pour l'articulation vilebrequin/bielle).

 

Ou dans le cas de palier directement bois sur métal, sans jeu qui génère le bruit, mais sans serrer ce qui freine l'axe de vilebrequin et augmente l'effort à la manivelle, la solution miracle c'est une goutte d'huile ou un graissage de temps en temps. Voir l’article charnière articulations et paliers.

 

 - des  claquements des relais d'un système midi qui sont plus forts que le volume des flûtes

Un aspect souvent négligé par les constructeurs amateurs qui utilisent les systèmes électroniques en remplacement des cartons mais qui se préoccupent plus du prix des solénoides ou des électro-vannes que des claquements indésirables.

Lorsque l'on se les fabrique soi-même il est utile d'intercaler un amortisseur en feutre par exemple qui comme dans les touches d'un piano amortissent les contacts métalliques violents.

 

 

Un exemple du premier cri du 42 touche de Bernard! il restait encore quelques défauts à maitriser...

 

 

Réglages

 

Ensuite et seulement après ces précautions on peut passer à la suite:

 

les réglages des  non répétitions puis des répétitions tout en conservant un équilibre des puissances sonore entre les flutes.

 

DSC03327(R.jpg

 

 

 

Dans le cas du carton pneumatique un « petit pont » de longueur inférieure à un minimum n'entraîne pas de coupure et la flûte joue en continu sur une suite de petits ponts. Le mode de réglage des répétitions est fonction des caractéristiques conjointes du  moteur et de la dimension dans le sens du défilement du carton pour les trous de la flûte de pan qui doivent permettre de couper sur un pont et ne pas couper sur un petit pont. Les petits ponts des cartons pneumatiques font généralement 1.5 mm et les ponts normaux font 3.8 mm.

L'augmentation de la longueur (dans le sens du défilement) de trou de flûte de pan allonge le temps d'ouverture donc d'émission d'un son et il existe d'une part, une longueur de trou minimum pour la Flûte de pan pour permettre l'émission d'un son et pas de coupure sur petit pont.

D'autre part il existe un maximum, pour conserver une coupure sur « pont normal».

Les noteurs sont donc obligés de faire un compromis pour obtenir une répétition sur des orgues de qualité moyenne et de ne pas pousser à la limite des possibilités techniques. D'un autre coté les facteurs d'orgue doivent au minimum obtenir ces répétitions pour un carton type dont les trous de 3mm de long sont séparés par des ponts normaux de plus de 3mm, généralement de 3.8mm. Donc une répétition tous les 6.8 mm ce qui correspond à 8.8 répétitions par seconde. 

 

Une vue d'un carton de répétitions pour orgue pneumatique:

  DSC03329-R.jpg

 

 

Généralement je prépare un carton d'essai pour mes stagiaires sauf en cas de pénurie de carton à la bonne largeur (j'ai toujours plus de carton pour 42 t que pour 27 t mais le recouper en longueur n'est pas facile sauf à construire une machine spéciale pour calibrer la largeur)

 

Pour mémoire ces cartons sont fournis gratuitement par votre noteur favori, sauf si vous avez une perforatrice et du carton mais il faut alors choisir correctement les paramètres pour les perforer. J'en ai vu qui allonge les grands ponts pour être certain de fonctionner ce qui est une autre manière de résoudre le problème, mais pas la bonne! Quoique un tel carton permet un premier calibrage pour débuter la procédure mais il faudra en phase finale utiliser celui avec des grands ponts standards de 3.8 mm quand même.

 

DSC03328-R.jpg

 

 

Cet équilibre de puissance est une combinaison entre:

- la pression qui est fixe mais qui justement doit être maintenue à une valeur connue et même gravée sur l'orgue.

- l'épaisseur de la lumière que l'on fait à la lime dans la lèvre inférieure que l'on ajuste à l’oreille et que justement on ne peux pas vernir ou traiter, pour la stabiliser, avant d'avoir terminé cette phase parce qu'on va encore l'augmenter ou la rétrécir.

- la qualité de surface du noyau et de la lèvre inférieure dans le canal avant la lumière qui doit être d'un poli le plus lisse

- le diamètre d'alimentation de chaque arrivée en pied de flûte (fixée par le diapason avec le diamètre de la vanne à membrane et que l'on peut seulement diminuer)

- le diamètre du trou capillaire dans la membrane ou le réglage de la vis de répétition de la vanne que l'on ajuste aussi à l'oreille.

 

Modifier la puissance sonore par l'épaisseur de la lumière va aussi influencer les réactions sur les répétitions! On va donc approcher par tâtonnements successifs jusqu'à un résultat acceptable pour l'ensemble des paramètres. Car la résolution d'un paramètre peut déplacer l'équilibre et en perturber un autre qu'il faut alors régler une nouvelle fois.

 

Avec la fatigue et l'énervement on peut alors se tromper de sens de correction et mettre la pagaille au lieu de se rapprocher de l'équilibre...

Il faut des nerfs solides, de la patience et travailler avec méthode. La réflexion doit prendre le pas sur l'action. Comme je dis souvent la construction d'un orgue ne pose pas de difficulté majeure à un bricoleur moyen mais c'est surtout une somme de détails et le moindre oubli peut tout compromettre.

 

 

 On règle la puissance sonore de la flûte en jouant "in fine" sur l'épaisseur de la lumière.

Cette puissance sonore est une combinaison entre la pression de la réserve, l'épaisseur de la lumière, la hauteur de bouche, l'état de surface du noyau et de la lèvre inférieure, le diamètre d'alimentation de la flûte mais aussi notre perception qui est différente selon les fréquences et selon notre âge...

 

pour la lumière

https://static.blog4ever.com/2010/06/419759/artfichier_419759_7833448_201808140012409.png 

 et simultanément on règle les répétitions pour chaque flûte et sa vanne en jouant avec la vis de réglage ou le trou capillaire comme indiqué dans le diagramme ci-dessous:

 


diagrammeVMT.png

 

 

 

Cette phase peut prendre plusieurs jours de corrections un exemple du résultat du même orgue en midi 27 notes pour juger du détaché des notes et de l'équilibre entre les basses et les aigües:

 

 

Il est important de comprendre que la non répétition est un problème de profondeur des canaux de la flûte de pan et non pas de la vis de réglage des répétitions.

Si vous n'êtes pas convaincu fabriquez des  flutes de pan avec des canaux plus profonds 4 mm et une autre avec des canaux moins profonds 2 mm et écoutez les conséquences et les différences sur les cartons tests et ordinaires...

 

 

 

les répétitions sont liées au temps d'ouverture et de fermeture des vannes qui sont elles un équilibre entre la rapidité d'ouverture et de fermeture qui est lié à la section du capillaire de la vanne donc du diamètre du trou si il est fait à l'aiguille conique ou du réglage d'ouverture du capillaire par l'intermédiaire de la vis de réglage conique des vannes à membrane indifféremment tangentielle ou concentrique.

 

 

il faut aussi le moins de pertes de charge possible entre la mise à l'air libre entre la vanne et le trou du carton c'est à dire sur le tuyau de commande dont le diamètre est fixé à 4.5mm (donc une section de 16mm²) et donc il ne reste à jouer que sur la sinuosité du parcours qui doit éviter les coudes trop serrés. Les différences de longueur n'influencent pas les répétitions j'ai fais fonctionner des flutes à vanne intégrée avec un tuyau de 10 m sans différence audible avec les tuyaux les moins longs (20 cm). Car l'information sur l'état du contact carton /flûte de pan qui est ouvert ou fermé est transmise à la vitesse du son dans le tuyau de commande.

Les canaux de la flûte de pan doivent donc principalement être reliés aux canons d'emboitement des tuyaux de commande avec une section supérieure à la sortie soit 9mm².

 

 

Stabilisation

 

C'est juste avant de le stabiliser que l'on peut enfin l’accorder! Mais alors la difficulté sera de maintenir cet état proche de la perfection (pour un orgue) dans le temps qui passe et dans le temps qu'il fait...C'est ce que je tente de réaliser avec les essais de stabilisation après toutes ces approches successives en traitants les surfaces qui n'ont normalement plus besoin d'être poncées .

 

 

Le seul fait de transporter son orgue dans une voiture, de le sortir par temps de pluie ou sec, de le changer de température, d'ambiance, d'humidité peut altérer ses performances et même le rendre muet ou avec des bruits intempestifs selon le délai d'exposition ou la sensibilité de l'orgue à ces changements, car la matière de l'orgue, le bois, est une matière dont ont dit souvent qu'il est " vivant" ou qu'il "travaille". Il est alors indispensable de réviser l'orgue et quelques fois d'améliorer sa conception.

Tout collectionneur d'instruments mécaniques connait la sensibilité des orgues anciens qui refusent obstinément de jouer même stockés dans la maison au chaud selon le degré d'humidité de la saison.

 

Michel Fischer recommandait de tourner un carton par jour. L'inaction prolongée pour un orgue peut se révéler aussi grave, sinon plus, que l'usure quotidienne, car à la longue, les membranes au contact du bois du siège peuvent se coller avec les tanins des feuillus ou la résine d'un résineux. Les ressorts peuvent s'écrouirent, etc...

 

Mais cet aspect doit être pris en compte dès la conception.

Quel matériaux choisir. Comment les mettre en œuvre?

Comment rendre l'orgue stable dans le temps quelques soient les conditions extérieures par rapport au lieu habituel de stockage pour ne pas avoir à refaire tout ces réglages trop souvent.

 

Pour les ressorts on a déjà vu que les  ressorts en spirales remplacent avantageusement les ressorts en compas qui eux ont une nette tendance à grincer en glissant et à perdre leur élasticité.

 

Pour le collage des membranes des vannes sur le bois, on peut traiter les surfaces des sièges avec du vernis ou par un produit comme le rubio.

On peut aussi envisager ce traitement sur d'autres endroits comme les noyaux et les lèvres inférieures, car même si, tant que l'harmonisation n'est pas terminée il faut souvent revenir poncer ces surfaces, une fois toutes les conditions atteintes, il faut stabiliser ces surfaces pour éviter de perdre trop rapidemment l'équilibre qui reste précaire.

 

On peut aussi envisager de faire les sièges et chambres des vannes comme les noyaux et les lèvres inférieures, dans une matière comme le delrin ou un plastique insensible au variations d'humidité. On a alors d'autres soucis: le  collage entre matériaux différents...

 

 

 

D'un autre coté l'usure et le temps vont inévitablement apporter son lot de petits problèmes.

Nos choix techniques initiaux sont le résultat des solutions adoptées progressivement pour réduire ou contourner au maximum les problèmes connus. En suivant nos recommandations vous allez donc en éviter quelques uns. Mais il restera toujours des contraintes inévitables. Aucun orgue au monde n'est éternel!

 

Il y en aura toujours pour nos orgues et pour ceux des autres aussi:

 

l'usure du bord de référence par le passage répété des cartons.

le cuir des soufflets qui va perdre sa souplesse, se fendre dans les plis et fuir.

La colle qui craque aux endroits des plis et laisse l'air s'échapper.

Les ressorts comprimés en permanence qui perdent leur force de compression.

Le bois qui perd son humidité résiduelle et qui fend irrémédiablement à l'occasion d'une sècheresse prolongée.

L'usure des paliers des bielles sur le vilebrequin qui vont en prenant du jeu provoquer des claquements.

Les clapets dont le cuir se détend.

La rouille des parties métalliques qui peut gripper un axe ou au contraire le ronger.

Les chocs, chutes et accros lors des manutentions, les accidents provoqués par un spectateur peu respectueux qui touche une lèvre supérieure pour voir si c'est solide ou les tampons pour voir si ça bouge ou change de ton, les inconscients qui posent leur verre et boissons sur l'orgue, quand ils ne viennent pas carrément s'appuyer ou même s'assoir dessus si il est posé au sol.

la poignée qui bute dans un encadrement de porte ce qui tord inévitablement le vilebrequin, etc...

 

Voici l'exemple d'un orgue construit en 2004 donc âgé de 14 ans au moment de cette révision et donc conçu avec des techniques qui ne prenaient pas encore toutes les recommandations citées ci-dessus, par exemple:

Les vannes à membrane ne sont pas intégrées sur chaque flûte mais sur une rampe accolée à un distributeur.

Elles n'ont pas de vis de réglage mais un trou directement dans la membrane fait avec une aiguille conique. Ce qui permet de l'agrandir facilement en passant par le canon du tube de commande qui est situé en face.

Pour diminuer ce diamètre de trou il faut alors démonter la vanne et coller une pastille sur la membrane puis recommencer les tests.

Les vannes à membranes sont toutes du même diamètre de 12mm, ce qui implique que la première basse est sous-alimentée et que les aigües sont trop brillantes, ce qui se détecte bien à l'écoute des cartons tests de la vidéo ci-dessous.

Les clapets ne sont ni démontables ni accessibles.

 

 

Le résultat après plusieurs jours de corrections successives pour approcher un résultat acceptable:

 

 

Par contre il a été modifié:

Pour remplacer les axes des bielles sur le battant par des liaisons élastiques.

Les bielles fendues verticalement ont été remplacées par celles coupées horizontalement.

Les ressorts en compas ont été remplacés par des ressorts en boudin.

La réserve a été refaite pour tenir compte des hauteurs d'éclisses et éviter les retournements et aussi agrandir la soupape.

Une roue libre a été installée pour éviter le pliage des cartons quand un enfant tourne à l'envers.

 

 

Pour montrer que l'on ne détecte pas facilement ces défauts avec un carton puisque l'enregistrement de la vidéo ci-dessous a été fait avant les corrections de la vidéo précédente:

 

 

 

C'est toute la difficulté de comprendre l'intérêt de cet article...

Mais ce qui permettra à votre orgue de restituer toutes les effets subtils que le noteur à prévu et qui font la différence entre un arrangement grossier et celui d'un professionnel.

 

 

 

Tout ça parce que les constructeurs amateurs, comme les professionnels, d'orgues doivent tenir compte des contraintes des noteurs et que les noteurs doivent prendre en compte la capacité des orgues neufs mais aussi la performance de ceux encore en service, un peu fatigués par le temps et l'usure...

 

 

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Après de longues hésitations sur: "dans quelle catégorie placer cet article qui fait des liens avec presque tout?"

La décision est tombée c'est la catégorie technique et soufflerie parce que ça concerne les bruits mécaniques les clapets et le gavioli! Même si ça concerne aussi les flûtes et les réglages des vannes...

 

 

 

Ce qui démontre les difficultés à expliquer et comprendre cette phase de réglages digne d'une F1 de compétition pour laquelle  les fuites sont tout aussi déconseillées...

F1.png

 



18/10/2018
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